Refus de la misére à Nice
Par Tégu le vendredi 17 octobre 2008, 10:41 - Lien permanent
Une récession
engagée depuis le début de l'année, une crise financière sans précédent
annonciatrice d'une crise économique de grande ampleur, près de 50000
demandeurs d'emploi en plus cette année et autant l'année prochaine. Tous les
indicateurs sont au rouge.
Hier, la journée mondiale de l'alimentation était l'occasion de rappeler l'impact gravissime dans le monde de ces événements sur la survie des populations les plus exposées. La journée mondiale du refus de la misère, aujourd'hui 17 octobre, ne doit pas seulement manifester 24 heures de prise de conscience au cœur de nos préoccupations mais donner le coup d'envoi d'une mobilisation citoyenne aux côtés des plus exclus.
Dans ce département des Alpes-Maritimes, dans cette ville de Nice, les réponses apportées à la crise sont scandaleusement en deçà des enjeux de sauvegarde de ces véritables droits humains que sont le soutien aux quartiers populaires, le logement social, l'hébergement d'urgence, le droit au logement opposable, l'alimentation, la santé, l'accueil de l'étranger.
Les politiques publiques sont en panne ou gouvernent à vue,généralement courte, des dispositifs impuissants à répondre aux besoins des gens qui souffrent. La Politique de la Ville, qui s'applique aux quartiers en difficulté, s'est montrée incapable de réduire la fracture sociale et territoriale dont souffrent des secteurs comme celui de l'Ariane ou des Moulins. On y détruit des logements par centaines alors que des réhabilitations pensées avec les habitants auraient suffi. Les crédits des associations sont ridiculement peu élevés alors qu'elles se dévouent sans compter malgré les pressions exercées sur celles qui bénéficient de subventions.
Un vrai service public du logement social n'a toujours pas été mis en œuvre et l'on assiste à un recul de l'ex-OPAM, devenue Côte d'Azur Habitat, au profit de bailleurs sociaux privés financés par le 1% logement. Moralité : les chômeur-se-s, Rmistes, parents isolé-e-s et autres exclus ont un accès de plus en plus difficile à un logement digne.
L'hébergement d'urgence ou transitoire qui permet à des personnes d'avoir un toit et un accompagnement en attendant le plein exercice de leur droit au logement est l'un des parents pauvres du soutien aux personnes en difficulté sociale et on ne peut que déplorer leur abandon à des hôteliers parfois peu scrupuleux.
La loi DALO (Droit Au Logement Opposable) a certes le mérite d'exister et a été arrachée par la mobilisation des Enfants de Don Quichotte mais son application prend le temps de la construction de nouveaux logements et de la création de places supplémentaires d'hébergement.
Les pouvoirs publics doivent, en attendant, adopter un moratoire sur les expulsions locatives et sur celles de de toutes les personnes actuellement justiciables de la Loi DALO (expulsés sans relogements, expulsés de CHRS et autres centres d'hébergement etc.) et permettre ainsi au président de la République de tenir ses promesses...
Au niveau européen, d'abord, puis au niveau national, on enregistre la baisse très sensible des stocks de nourriture solidaire et il est devenu de plus en plus difficile de répondre à ce besoin élémentaire dans nos villes et dans nos villages. La Banque Alimentaire, cette année, en raison des coûts supplémentaires de la collecte et du conditionnement des denrées, a même dû augmenter de 50% la participation de la centaine d'associations qui y adhérent dans le 06. Cette nourriture était jusque ici une variable d'ajustement des tout petits budgets des bénéficiaires. C'est toujours le cas mais on voit arriver dans les lieux de distributions de plus en plus de personnes qui vivent régulièrement avec la faim ou des carences alimentaires et parmi elles des travailleurs pauvres.
La CMU et l'Aide Médicale de l'Etat sont des dispositifs d'entraide qui font honneur au système français mais, sur le terrain, les délais d'instruction sont de plus en plus longs, des professionnels de santé refusent encore des soins à certains de leurs bénéficiaires et le déremboursement de certains traitements aggravent les conditions de santé des plus pauvres.
Enfin, l'accueil de l'étranger est la marque des sociétés civilisées et une chance pour nos pays demandeurs de main d'oeuvre et d'un renouveau démographique. Le sort réservé, dans notre département, aux demandeurs d'asile, à certains réfugiés, à des familles de sans-papiers établies en France depuis plusieurs années avec des enfants scolarisés, à des étrangers malades ou encore à des personnes âgées isolées dans leur pays venues rejoindre leurs enfants en France est indigne. Il n'exprime pas seulement un manquement à l'hospitalité, il constitue une violation manifeste du droit français et des conventions internationales ratifiées par notre pays.
Dans un tel contexte, nous ne pouvons qu'en appeler à la mobilisation pacifique mais déterminée de tous ceux et de toutes celles qui se sentent concerné-e-s par le malheur de tant de de personnes. Il ne s'agit pas seulement de pleurer sur leur sort mais d'organiser et structurer pour elles et avec elles, comme contre pouvoir et force de proposition, une indignation et un désir de partage. Partout dans le monde, ces dernières semaines, les pouvoirs publics volent au secours des établissements financiers hautement responsables des désordres actuels du monde. La puissance publique est maintenant attendue au chevet des victimes humaines de ce système incontrôlé. Le retour de l'Etat aura-t-il lieu dans ce département ?
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Affiche : Film de ERIC Guirado inspiré du sort réservé aux démunis à Nice durant l'arrêté anti mendicité .